Gratte-Foutre, roman, octobre 2020 aux Editions L’Age D’Homme

 

S’il était mauvais, il le saurait.

Au début, quand tu travailles de nuit, tu dors le jour parce que tu es crevé. Après un certain temps, le sommeil se fait rare mais tu ne sors pas pour autant. Parce que la lumière et les détails agressent, parce que la nuit donne les contours qui suffisent, parce que de jour tu es moche.

Il a des projets.

Il y a ce grésillement près de son oreille droite, et cette forme transparente, perceptible du coin de l’œil, fuyant vers son trapèze comme un trait de fumée.

Un téléphone sonne et ce n’est pas le sien.

Il pense que le robot mixeur peut être un allié, que les mouches et le téléphone sont de mèche, que la conscience qui vit dans le chat comprend ce qu’il fait et que ce n’est pas bon. Il ferme l’onglet de la vidéosurveillance et traîne sur Reddit jusqu’à ce que ça lui foute le cancer.

Debout dans l’encadrure de la porte, il fixe les monticules proprement coniques quadrillant le sol du salon, constitués de milliers de cadavres de mouches agglutinés, attendant d’être réduits en cendres. Le voisin devrait baisser le volume de la sonnerie de son téléphone. Il a des projets.

Unpop Art, manifestations immatérielles barbares, bibliothèques noires et kinky sex, sous une forme tronquée de roman noir, l’auteur déploie, non sans humour, un univers fantasque et trouble, semé de références musicales et cinématographiques, ne se fixant dans le réel que pour mieux s’en écarter.

Né dans le Noirmont, d’une mère suisse et d’un père français d’origine kabyle, Michael Ronsky vit à Genève. Performeur, maître dans l’art du shibari, personnage des nuits interlopes et du Cabaret Bizarre, Gratte-Foutre est son premier roman.

Publié aux éditions L’Âge D’Homme.